UA-151001126-1 Debriefing de sortie de Covid
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  • Sophie Miguet

Debriefing de sortie de Covid

Mis à jour : juin 22

Mon intention en écrivant cet article est pédagogique (à opposer à politique). Il s’agit de s’appuyer sur l’actualité pour illustrer le bienfondé d’un leadership coopératif et humaniste et de pratiquer la méthode du debriefing qui s’appuie sur les situations réelles et la critique constructive pour progresser. Le choix d’un extrait du discours d’Emmanuel Macron le 14 juin s’est fait à la fois parce que c’est un sujet qui parle à beaucoup de personnes et également parce que cette annonce a suscité chez moi beaucoup d’empathie pour les enseignants qui ont dû gérer « l’après-annonce ».


Je suis fervente du développement d’un leadership qui prenne soin des personnes et qui permette aussi plus d’engagement, et de manière naturelle plus de résultats. Cette situation, tout à fait transposable dans les organisations (entreprises, associations ….) m’a semblé intéressante pour illustrer différents points clés.

Debriefing de sortie de Covid : la rentré du 22 juin 20

Extrait du discours du 14 juin d’Emmanuel Macron :


« ...Dès demain, les crèches, les écoles, les collèges se prépareront à accueillir à partir du 22 juin tous les élèves de manière obligatoire et selon les règles de présence normale. Il faudra continuer d’éviter au maximum les rassemblements qui resteront très encadrés, le second tour des municipales pourra se dérouler le 28 juin... »


Mon premier regard se fait sous l’angle de l’accompagnement du changement par une personne qui cherche à impliquer les personnes pour que les résultats soient au rendez-vous.


Le président fait une annonce (première étape de tout changement) à tous les français en même temps. Nous sommes informés, de ce point de vue-là, avec équité (non pas égalité car nous n’avons pas nécessairement les mêmes possibilités d’accès à son discours). Ceci est un point important pour que nous nous sentions traités de manière juste et que cela suscite de la confiance.


En revanche, lors de l’annonce d’un changement, le point important à soigner, c’est le sens, c’est le R, « réalistes », des objectifs SMART (ceux qui maintiennent les personnes motivées). Parfois des décisions ne plaisent pas, néanmoins, il est plus facile de les accepter quand nous les comprenons. Ici, deux phrases se succèdent, l’une qui annonce la réouverture des établissements scolaires selon les règles de « présence normale » et l’autre qui demande de continuer à « éviter au maximum les rassemblements ». La base d’un message qui a du sens, c’est la cohérence. Comment faire rentrer les 600 élèves d’un collège en évitant les rassemblements ?


Les doubles messages ont pour effet de rendre difficile l’atteinte des objectifs (comment atteindre un objectif compréhensible contredit par un autre objectif également compréhensible ?). Ils ont aussi un effet négatif sur les personnes pour qui cela fait partie de leur travail de remplir cet objectif. Pour être bien dans notre travail, nous avons besoin de nous sentir utiles et pour cela de bien faire notre travail, or avec deux messages contradictoires, c’est impossible et cela met les personnes les plus consciencieuses dans le désarroi, dans le vide. Et au regard des risques psychosociaux, c’est dangereux.


Quand Emmanuel Macron explique que « dès demain les crèches, les écoles, les collèges se prépareront à accueillir à partir du 22 juin tous les élèves », deux éléments sont à noter : le premier c’est qu’il donne la prochaine date (T de SMART : temporellement défini) où l’on commence à s’occuper du changement. Il est effectivement important de ne pas laisser les personnes dans l’expectative, dire « dès demain » est donc plutôt une bonne pratique. Malheureusement, le problème, c’est que les établissements scolaires n’auront pas les moyens dès le lundi de travailler sur le sujet car ils n’auront pas les directives pour la mise en application et resteront dans le flou jusqu’au jeudi suivant, un à deux jours ouvrés avant la reprise annoncée. Par conséquent, nous souffrons du manque de « A » des objectifs SMART car l’objectif de pouvoir travailler dès le lundi n’est pas atteignable.


Le deuxième élément à noter c’est que nous passons directement de l’annonce au plan d’action. En accompagnement du changement, cela s’appelle faire le saut de Tarzan, c’est à éviter car cela met en péril la mise en œuvre du changement. En tant qu’être humain, quand un changement a lieu, avant de passer à l’action, nous avons besoin d’exprimer nos émotions : la peur, la colère, nous avons besoin d’être entendu, d’en débattre, avant de voir le bon côté des choses et de passer en mode actif. Dans ce cas, ce que nous pourrions préconiser, c’est de laisser plus de temps entre l’annonce et la mise en œuvre pour permettre une prise en compte des contraintes du terrain avant d’envoyer la directive. Dans les faits, c’est peut-être d’ailleurs ce qui s’est passé : les directives n’ont peut-être été envoyées que le jeudi pour permettre d’échanger avec des représentants des établissements. Dans ce cas, plus de transparence sur le déroulement des événements aurait permis à ceux qui ne prenaient pas part aux discussions de savoir qu’ils n’avaient pas tous les éléments pour se préparer, et ainsi de garder confiance.


Mon deuxième regard porte sur le stress occasionné par une telle situation.


La mise en œuvre du changement est d’autant plus réussie qu’elle tient compte des contraintes des uns et des autres, cela suppose un dialogue. De nombreuses directions d’établissements scolaires plus ou moins grands, prises entre deux feux (le respect des règles sanitaires en vigueur et l’accueil de tous les élèves) se sont retrouvées seules sans savoir comment appliquer l’annonce faite à la France entière. Les personnes ont ici le choix entre obéir, être de bons professionnels sans savoir comment faire ou désobéir parce que ce qui est demandé est impossible, et donner un sentiment de ne pas être à la hauteur. Au bout du compte, il est impossible de faire son travail correctement. Cela est une illustration de la qualité empêchée dont parle Yves Clot (psychologue du travail) et qui est un facteur majeur de risque psychosocial, et qui provoque a minima du stress, et peut conduire au burnout, avec tous ses effets secondaires dont le suicide fait partie.


Un autre psychologue a mis au point un modèle relatif au monde du travail, c’est Karasek. D’après lui 3 axes sont à considérer : si la demande est plus ou moins exigeante, si la latitude décisionnelle est plus ou moins grande et si un soutien social est ou non présent. Ici nous sommes dans un cas de figure où les objectifs sont très exigeants (passer de 0 à un quart des effectifs à tous les effectifs en une semaine) et où la latitude décisionnelle est très faible (il s’agit d’appliquer une directive). Le soutien social devient alors très déterminant pour qualifier la situation de dangereuse ou non pour les personnes qui doivent atteindre les objectifs annoncés. Sans faire de généralité, nous pouvons nous projeter dans deux cas de figure types : L’équipe dirigeante d’un collège avec des enseignants soudés pourront surmonter cette épreuve et être réactifs : en début de semaine certains collèges ont osé annoncer aux parents qu’ils étaient dans l’impossibilité de recevoir tous les élèves, et ont pu en fin de semaine s’organiser pour finalement accueillir les élèves le lundi suivant, et annoncer les conditions de reprise du 22 juin. Dans les écoles primaires, où la direction se concentre souvent sur une personne, les directeurs ou directrices ont souvent laissé les parents sans nouvelles, ne sachant pas quoi faire et figés dans le stress d’une situation insoluble. Nous sommes ici dans une situation dangereuse au regard des risques psychosociaux car la personne est seule face à une demande exigeante avec peu de moyens pour y répondre.


Loin de moi l’idée de prendre position pour affirmer qu'il est bien ou mal que les élèves aient repris (ou non) le 22 juin. Au-delà de cela, dans nos organisations publiques ou privées, et d'autant plus en temps de crise, nous pouvons veiller à ce que les changements aient lieu en respectant certaines étapes fondamentales et nous pouvons nous assurer que les objectifs soient fixés de telle manière que les personnes impliquées se sentent en mesure de pouvoir relever les défis qui se présentent à elles ; et ce autant pour elles que pour que les résultats puissent être atteints.

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