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La motivation est-elle « has been » ?


J’ai été interpellée dans mon rôle de formatrice par un responsable d’atelier désabusé, qui participait à une formation pour améliorer son leadership, qui m’a posé la question suivante : « pourquoi, alors que les conditions de travail s’améliorent, les personnes semblent de moins en moins motivées à venir travailler, et quand elles viennent, montrent une forme de nonchalance ? »


J’ai accordé à cette question le plus grand intérêt. Je ne trouve pas non plus logique que le niveau de motivation évolue de manière inverse par rapport à l’amélioration des conditions de travail, et qui plus est par rapport à la formation des managers. Ces derniers prennent en effet de plus en plus soin de leurs équipes.


J’ai moi-même constaté chez mes ados tout un langage qui exprime leur manque d’entrain devant le moindre effort : « la flemme », « pas envie », « à quoi bon ? », alors que le niveau d’exigence (scolaire, efforts physiques) diminue


Alors d’où vient ce phénomène ? Est-ce quelque chose dans l’air ? Un phénomène de société ? Si c’est le cas, quelle est son origine ?


J’ai trouvé une réponse dans les neurosciences ! : Le niveau de motivation est lié au niveau de dopamine que notre cerveau sécrète !

La dopamine augmente à la suite d’un effort, lorsque nous parvenons à réussir quelque chose qui nous tient à cœur. La dopamine procure un bien-être qui a pour vocation de renouveler nos efforts pour obtenir quelque chose qui est bon pour nous.


Nous pouvons par exemple marcher pendant 4h pour gravir un sommet et notre niveau de satisfaction à l’arrivée est d’autant plus grand que nous avons fait un effort, et notre motivation à marcher est d’autant plus présente que nous connaissons la récompense à laquelle nous attendre.



Le premier problème à notre époque, est que nous obtenons beaucoup sans effort et donc le niveau de dopamine généré est moindre. Le second problème est que le temps que nous accordons entre deux petites satisfactions ne permet pas de recharger le niveau de dopamine.

Tout un chacun peut par exemple avoir une vue à 360 degrés depuis le sommet du Mont Blanc en une recherche dans Google et 2 clics ! Alors, à quoi cela sert-il d’ascensionner pendant 2 jours ? Une fois cette petite satisfaction obtenue, nous pouvons enchaîner sur la lecture d’une vidéo d’un youtuber, l’achat d’une paire de baskets sur internet, à bout de doigt et toujours sans effort…

Ce phénomène de facilité se vérifie dans de nombreux domaines : plus la peine de rechercher dans un dictionnaire de langue, il y a Google Traduction ; plus la peine d’écrire un exposé, il y en a des « tout faits » sur internet ; plus la peine de séduire, on peut sélectionner des partenaires consentants sur « Tinder », etc.

Si rechercher la facilité est le propre de l’homme, obtenir beaucoup à moindre effort est pourtant nocif à long terme. D’une part, notre niveau de satisfaction diminue et d’autre part, en cherchant la facilité, nous diminuons notre réflexion et nous finissons par manquer de discernement et ne pas faire les meilleurs choix pour notre épanouissement.

Daniel Goleman, la figure de proue de l’intelligence émotionnelle, a d’ailleurs relaté une étude qui démontre que la réussite d’un enfant est corrélée à sa capacité à faire un effort pour obtenir une récompense plus tard au lieu d’en obtenir une plus petite maintenant. Le test a été très simple, il s’agissait de demander à l’enfant s’il préférait un seul bonbon maintenant ou 2 bonbons s’il attendait un quart d’heure. Ceux qui ne résistent pas montrent des capacités moindres à la réussite.


Cette thèse est corroborée par Angela Duckworth, psychologue américaine, dans son livre « L'Art de la niaque » qui met en avant que la réussite dépend moins du niveau de QI que de la capacité à être persévérant, donc motivé. L’avantage de son best-seller est de nous donner des pistes pour relancer la motivation. Et je vais donc m’en inspirer, ainsi que de mes trouvailles sur la dopamine pour répondre à ceux qui se demandent comment faire revenir la motivation dans les organisations :



  • De la même manière que nous avons besoin de savoir que nous atteindrons quelque chose de significatif quand nous nous engageons dans une randonnée de plusieurs heures, nous avons besoin dans notre travail de savoir où nous allons, quelles sont les perspectives à l’arrivée. Cela se traduit par le fait de connaître la vision de l’équipe ou de l’organisation, le challenge que nous allons relever : il doit forcément s’agir d’une progression qui en vaut la peine !

  • Pour arriver à cette grande étape, il convient en outre d’avoir des sous-étapes : des objectifs progressifs, atteignables mais qui aient du sens et qui demandent un effort.

  • Pour répondre à la question « à quoi bon ? », il convient de s’interroger sur la mission à accomplir, à expliciter à quoi sert le travail de la personne, à quoi elle va être utile pour ses collègues, pour l’entreprise, pour les clients, les consommateurs, la planète…

  • Enfin, il s’agit de susciter l’intérêt des personnes. Pour cela il convient de savoir ce qui les intéresse, de savoir écouter leurs besoins, ce qui les anime. Les faire parler de leurs valeurs, de la façon dont elles aimeraient aborder le travail est une piste intéressante pour les impliquer.


Si vos équipes parviennent à relever des défis importants à la suite d’efforts significatifs, leur satisfaction sera d’autant plus élevée et vous aurez tout gagné !



Sophie Miguet

Gérante de ValeurSens, entreprise dédiée à l'amélioration de la satisfaction au travail.





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