UA-151001126-1 Le triangle de Karpman : à la source des conflits
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  • Sophie Miguet

Le triangle de Karpman : à la source des conflits

Mis à jour : févr. 6

Stephen Karpman est un des élèves d’Eric Berne et une des grandes figures de l'analyse transactionnelle et de la psychologie contemporaine. Sa théorie du Triangle Dramatique sur les relations dysfonctionnelles, manipulatoires et les jeux psychologiques a été qualifiée comme le « E=MC2 » de la gestion des conflits.


Le triangle de Karpman offre trois positions possibles :



Le rôle de victime : la personne se dit impuissante, irresponsable et compte sur les autres pour régler ses problèmes. Elle pourra dire, les bras ballants, « oh mince ! il n’y a plus de feuilles dans l’imprimante ! » Son bénéfice est d’apitoyer les autres pour les faire agir à sa place.

Le rôle du persécuteur : la personne cherche à dominer les autres en s’imposant ouvertement, en les blâmant le plus souvent. Elle pourra se plaindre qu’une personne n’a pas fait son travail et lui donner l’ordre de faire en sorte que cette situation de manque de feuille ne se reproduise plus jamais, sous peine de représailles. Son bénéfice est de pousser les personnes à agir en les terrifiant.


Le rôle du sauveur : la personne vole au secours des autres, même si on ne lui a rien demandé. Elle pourrait être la personne qui va aller chercher la ramette de feuilles, qui va l’insérer dans l’imprimante, sans se soucier de rendre les personnes autonomes. Son bénéfice est de nourrir son égo en se rendant indispensable pour les autres.

Le triangle de Karpman est un jeu psychologique dans la mesure où nous adoptons les rôles de victime, persécuteur ou sauveur de manière inconsciente. Dans la majorité des cas, nous avons appris à jouer ces rôles dans l’enfance, dans notre famille lorsque nous n’avons pas trouvé d’autres moyens que la manipulation pour satisfaire nos besoins d’écoute, de reconnaissance ou d’affection.


Pourquoi est-ce un problème ?


Dans le monde adulte et dans les organisations en particulier, cette stratégie s’avère inefficace car elle déclenche, amplifie ou entretient des conflits. Effectivement, nous pouvons facilement imaginer que si quelqu’un dévalorise les autres (persécuteur) et émet des exigences plutôt que des demandes constructives qui donnent du sens, alors les personnes auxquelles il s’adresse risquent de réagir de manière automatique soit en victime, ou soit elles-aussi en persécuteur. Dans le scénario où elles réagissent en victime, « je ne sais pas faire », « j’aurais bien aimé, mais je n’ai pas pu », « je suis faible, ignorante », la personne va se dédouaner de toute responsabilité pour justifier la situation et cela ne va pas faire avancer les choses, ce sera le statu quo. Si elle réagit en mode « persécuteur », alors le ton va vite monter et le conflit va rapidement arriver. Quand il y a une victime et un persécuteur cela permet à un sauveur de se positionner, de montrer à quel point il est indispensable. On en trouve souvent dans des structures qui manquent d’organisation avec des personnes qui interviennent en mode « pompier » sans traiter les problèmes de fond. Lorsque cela se produit, cela crée une tension générale liée aux aléas qui est propice aux conflits.


Comment en sortir ?


La première étape est de prendre conscience que nous adoptons ces rôles et de se rendre compte qu’ils sont absolument stériles. Lire cet article ou participer à une formation en communication ou gestion de conflits dans laquelle nous mettons en scène le triangle de Karpman permet d’obtenir le déclic nécessaire.


La deuxième étape est de savoir comment réagir pour ne plus tomber soi-même dans un de ces rôles, en adoptant une communication plus saine. Pour ne pas être « persécuteur » nous devons apprendre à communiquer de manière bienveillante en exprimant des demandes constructives qui donnent du sens et qui responsabilisent nos interlocuteurs. Pour ne pas être « victime » nous devons exprimer nos besoins et faire des demandes positives. Plutôt que de dire qu’il n’y a plus de feuilles dans l’imprimante, la personne peut expliquer qu’elle a besoin d’imprimer et demander à quelqu’un comment procéder pour qu’elle sache se débrouiller la prochaine fois. Pour ne pas être « sauveur » nous devons attendre que les personnes nous demandent explicitement de l’aide et nous n’intervenons que si c’est dans nos prérogatives, pour préserver nos propres missions et celles de nos collègues. Nous devons également veiller à transmettre nos connaissances pour rendre les personnes autonomes.


La troisième étape est de savoir quoi faire face à une personne qui adopte un des trois rôles. Face à un persécuteur, une réaction d’adulte consiste à reformuler la demande, éventuellement demander des précisions pour clarifier et à s’affirmer en expliquant ce dont nous avons besoin en s’en tenant aux faits. Face à quelqu’un qui prend le rôle de victime, il est possible de redonner du pouvoir à la personne, la sortir de son infantilisme, c’est l’amener à réfléchir par elle-même et agir. Si ma fille me dit de manière triste « maman, il n’y a plus de jus d’orange » et que je lui réponds que je vais m’en occuper, elle reste victime et impuissante. Si au contraire je lui demande : « que faut-il faire dans ce cas-là ? », alors spontanément elle se lève et écrit sur le tableau des courses… Je partage ainsi la responsabilité de l’approvisionnement du jus d’orange. Face à un sauveur, il convient de ne pas se laisser infantiliser et montrer que nous restons autonomes et responsables. Cela passe par le refus de l’aide offerte avec beaucoup de tact afin que la personne ne passe pas de sauveur à victime …


Attention aux faux triangles de Karpman

Si l’identification de situations où le triangle de Karpman est à l’œuvre peut être salvatrice, soyons cependant attentifs à ne pas utiliser ses principes pour stigmatiser certaines personnes qui semblent prendre le rôle de victime et qui ont de réelles bonnes raisons de se plaindre et que l’on n’écoute pas suffisamment. Une personne qui a plusieurs fois donné le sens d’une demande peut avoir une façon directive de demander l’exécution d’une requête sans être un persécuteur. Une personne peut prendre soin d’un collègue et montrer de l’empathie par rapport à une situation particulière sans être un sauveur. Sachons faire preuve de discernement en observant s’il y a ou non répétition dans la façon de réagir des personnes et si nous détectons une forme de manipulation.


Sophie Miguet

Gérante de ValeurSens, entreprise dédiée à l'accompagnement de l'amélioration de la satisfaction au travail.

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